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ترجمه‌ی فرانسوی «شعر بلند اسماعیل» (گزیده) از رضا براهنی

Long poème d'Esmaïl (extrait) Un poème de Reza Baraheni (1935-2002)

<i>Long poème d'Esmaïl</i> (extrait) Un poème de Reza Baraheni (1935-2002)

ترجمه‌ی تارا ابدالی - Traduite du persan par Tara Abdali

« Long Poème d’Esmaïl »


Dédicace au souvenir erroné de mon ami Esmaïl Shahroudi, mort en l’été 1981.

« Reza Baraheni »

  • Reza Baraheni (1935-2022), écrivain iranien, poète, traducteur, linguiste, maître de conférence, activiste et prisonnier politique est un personnage important dans l’histoire littéraire d’Iran.
    Fondateur de la « poésie persane post-moderne » ou « post-Nima », son style littéraire ne laisse pas ses lecteurs indifférents. Bien applaudie ou très critiquée, sa poésie reste une référence pour les sympathisants de la poésie post-moderne.

    « Le long poème d’Ismaïl » est effectivement un très long poème avec beaucoup de références à la guerre Iran-Iraq (1980-1988), à la culture et à la société iranienne contemporaine ainsi qu’à la mythologie et aux textes sacrés musulmans et juifs.

    Pour rendre le poème plus accessible -et plus court- pour le lecteur francophone, j’ai dû choisir seulement quelques passages qui me semblaient plus simples et plus compréhensibles.

    Quelques brèves explications supplémentaires sont rajoutées à la fin du poème.

    Les mots s’avèrent parfois n’avoir aucune signification logique mais servent quand même comme outils précieux de ce qui semble le but le plus important pour le poète : la langue.

    L’irrégularité, le désordre, la folie, la répétition, le bégaiement, la violence, etc semblent être employés consciemment afin non seulement de transmettre le sens premier des mots, mais aussi de provoquer des émotions.

    Si vous avez aimé « Le nuage en pantalon » de Vladimir Maïakovski, vous allez adorer « Le long poème d’Ismaïl » de Reza Baraheni!

Je jure sur tes yeux rouges, mon cher Esmaïl[1],
qu’un jour le soleil brillera plus que le jour où tu es mort.
[…]
Ô pauvre chanteur de la liberté sur les marches de la gentillesse!
Ô larmes solitaires délaissées à la brise de l’asile de fous!
Ô plus poète que tes poèmes et nos poèmes!
Ô détruit à l’université, aux écoles, dans les cafés, dans les bars
Et dans l’amour de la femme des enfants et des amis ingrats que nous sommes!
[…]
Ô tel un jardin de noyers dans l’esprit d’enfants simples de la poésie!
Ô Esmaïl !
Ô planté dans les files d’attente des laboratoires de la ville, un grand verre à la main,
Et une forêt d’images colorées à la tête !
Ô somnambule de l’Orient et de l’Occident !
Ô trahi !
Ô devenu sans mémoire après des séances de choc électrique !
Ô à jeun d’amour !
[…]
Ô printemps manquant de mots sur le jardin déformé d’une bouche déprimée,
Ô Esmaïl, ne te lève pas de ton lit!
Ô du même âge que le Shah, contemporain de l’oppression, ô citoyen de la torture!
Ô moineau errant dans les habitats locatifs!

Ô fils véritable d’ “Abraham” et de “Nima”[2]
Ô sans-abri, ô sans ciel, ô sans toit, ô sans terre!
Ô choyé pauvre de cette soirée triste
Ô poète d’une génération aux mains vides
Où est ta tombe que je puisse te sortir de ses profondeurs à l’aide de l’amour ?
Ô Esmaïl! Ô mon frère, ne te lève pas de ton lit!
Ta mémoire est le petit-déjeuner que j’ai pris le premier jour de la révolution.
Le souvenir de ta mort,
C’est l’eau à laquelle j’ai baptisé un martyr transpercé durant la révolution
Ne te lève pas de ton lit!

[…]
Ô exilé de l’épaule brûlée du désert au bordel de Téhéran!
Téhéran t’a transformé en une tombe anonyme avant même ta mort
Ne te lève pas du lit !
Mais dis-moi : où est ta tombe pour que je puisse y verser une soie de mots
Mort au poète qui ne connaît pas le secret de la tranchée et l’étoile !
Longue vie à toi qui connaissais ce secret !
[…]
Ô seul homme qui avait la folie de “Ophélie” de “Hamlet” !
Ô noyé dans les marais silencieux, dans les feuilles d’automne, dans les presque-îles désertes
Dans les avalanches effondrées, dans les lacs de sel, dans les collines chauves
Dans les nids d’oiseaux, dans les cieux sans étoiles,
Dans les soleils sans orbites, dans les terrasses donnant sur le néant,
Dans les rues vides des pas des amoureux !
À l’aide de l’amour, je te sortirai de la tombe !
Mort au poète qui ne connaît pas le secret de la lance et le sang !
Longue vie à toi qui connaissais même le secret de la tranchée et l’étoile !

[…]

À l’aide de l’amour, je te sortirai de la tombe !

À l’aide de l’amour, je te sortirai de la tombe !

À l’aide de l’amour, je te sortirai de la tombe !
Mort au poète qui ne connaît pas le secret de l’amour et de la mort !
Longue vie à toi qui connaissais même le secret de la lance et le sang !
Quel drapeau sanglant était ta tête qui galopait dans les rues !
Et le pourpre du ciel -quelle beauté, quelle merveille- lavait tes yeux obliques
Je crierai toujours le ciel, laisse les médiocres dire ce qu’ils veulent!
[…]
Esmaïl ! Toi qui aimais tant le passé, pourquoi es-tu allé vers le futur
Et as- tu accepté la mort telle une dague accidentelle sur la gorge d’un cerf-volant ?
Toi et moi sommes maintenant assis sur les oreilles d’un Sphinx et regardons les dieux
Et les couleurs sont toutes joyeuses !
Tu n’es pas mort, tu es devenu plus fou, crois-moi, tu es devenu seulement plus fou

Et nous contemplons, assis sur le dos d’un Sphinx,
Et les instruments du ciel jouent le morceau de nos cœurs
Tu es devenu plus fou!
Ô amoureux des grues!
Tu es trop beau pour que seulement la broderie des termites couvre tes épaules
Envole-toi! Envole-toi de la cage de la terre !
Tu es trop beau pour ne pas t’asseoir sur l’épaule du ciel et briser les galaxies comme une graine de tournesol
Je te sortirai de la tombe à l’aide de l’amour
Tu n’es pas mort, tu es seulement plus fou
Et toi et moi sommes assis sur le dos d’un Sphinx
[…]
Passe dans les cimetières, et les tranchées et les hôpitaux !
Il n’y a pas de jardin dehors, il n’y a pas de vie, il n’y a même pas la mort dans le jardin!
D’Ahvaz à Sarakhs[3], le murmure des martyrs se mêle à la pluie et au gazouillis des hirondelles


Des scies tranchantes s’enfoncent dans les pieds des blessés
Et les obus font sauter les maisons et la terre à la fois
Et les gens sont projetés sur des toits lointains
[…]
Et une ombre se lève des profondeurs
Et les mitrailleuses frappent soudainement le monde en morse
C’est la guerre, Esmaïl, c’est la guerre, et les Esmaïls sont vraiment sacrifiés
Et il n’y a plus d’étoile dans le ciel de notre terre qui ne soit pas tombée
[…]
C’est la guerre, Esmaïl, la guerre !
Entre voisin et voisin, père et fils, mère et fille
Et les hôpitaux et les asiles de fous sont ouverts sur l’avenir
Et ça, tu l’avais dit
[…]
C’est la guerre Esmaïl
Et tes homonymes sont sacrifiés

Pour que des villes lointaines du monde restent lumineuses.
Les routes sont barrées

La bouche des tranchées a été obstruée par des tas de cadavres
La terre a sauté vers le ciel, Esmaïl !
Khouninshahr[4] -la ville sanglante – est un pétrolier bombardé mis en exposition dans un musée
Les pétroliers roulent, partent et sifflent vers l’océan

Au-dessus des têtes des baleines paniquées d’Oman.
Le monde est un petit-déjeuner coloré qui malgré ton envie est dévoré avec appétit par le capital
C’est la guerre, Esmaïl, c’est la guerre !
Pareil que ta folie, jeune pour toujours!

Alors mort au poète qui ne connaît pas le secret de la lance et le sang
Longue vie à toi qui connaissais le secret de la tranchée et l’étoile

Parfois, pour devenir poète, il faut remplacer le commencement par l’éternité

[…]
Ne pleure pas! Ne crie pas! Fermez sa bouche, il a enfreint les règles !
Ne pleure pas Esmaïl, c’est la guerre !
Le pétrole remonte à côté des cellules
Quelle étrange potion! Les puits de pétrole sont à côté des cellules
Et dans les cellules les jeunes sont assis!
Oh, quel pétrole ! C’est le lait des ténèbres ce pétrole!
Et les pétroliers se remplissent en silence
Et les jeunes vieillissent en silence
[…]
Nous chantons avec une voix commune ensorcelée
L’enfer est dans notre chant, le besoin du paradis est dans notre chant
Mais nous ne connaissons pas l’adresse du Paradis, nous connaissons seulement son besoin
Moi j’ai besoin d’un autre paradis
Ton paradis est sur les pas d’un Staline qui apparaîtra un jour dans la rue « Churchill »
Mon paradis n’est pas ton paradis
Moi je veux « Staline » et « Churchill » détruits, Esmaïl !
Le remède de ta gauche paralysée n’est pas dans la poche de ces « camarades ».
Ta dysurie a besoin d’une autre pompe, Esmaïl, Esmaïl !
Enlève ton bandeau de tes yeux, Esmaïl !
Ta poésie est un poing serré dans ta poitrine
Le commencement et l’éternité sont là-bas
L’enfer et le paradis sont là-bas

Ouvre ta poitrine
Offre ce poing au monde, Esmaïl !
[…]
Ô Esmaïl ! Les yeux bandés, tu es allé tout près de l’abattoir. Ô décapité !
Enlève tes lunettes de tes yeux obliques
D’autres porteurs de lunettes viennent
Et les femmes sont des fantômes dont tu ne vois que les lèvres bleues et les boutons de fièvre au menton.

Pas de traces de leurs belles chevelures
Avec des visages sans têtes, unidimensionnels
Ignorant la nuit et le jour dans l’horizon.
La main sur l’épaule de la personne précédente, ils montent du côté du puits de pétrole.
Et personne ne dit rien
Et il n’y a rien à dire
Des tranchées du père et fils, du père et fille, des tranchées des voisins et voisins,
Seulement des coups de feu se font entendre.
Et les corps droits tombent par terre dans des pluies sanglantes
Et lorsque la pluie s’arrête, on voit une lune traître qui se lève derrière les derricks.
Quel clair de lune Esmaïl, quel clair de lune ! Avec sa lumière, il expose les presque-vivants
Puis les mitrailleuses, frappent les étoiles en morse
Et les roquettes font sauter les maisons comme des jouets
Et ce qui retourne à la terre ressemble au battage des récoltes
Mais qui descend plus vite encore
Lorsque le soleil se lève, les palmiers contre le derrick
Ressemblent aux écoliers en file indienne devant un surveillant strict.
C’est la guerre, Esmaïl, c’est la guerre
Et certains corps sont enterrés sans identités
D’autres avec identités
Et qu’en savent les souris et les termites si les morts ont un acte de naissance valide ou non?
Le soleil illumine le cimetière autant que le jardin
Et la pluie ne distingue pas le serviteur du traître
Esmaïl !
Allons ramasser les cheveux des femmes d’Ahvaz sur les palmiers.
[…]

« Quel peuple! Oh, quel peuple! Partout il y a de la verdure! Bâtiment, ville, ferme, usine!
Le peuple iranien n’a pas d’honneur! Même ses tuyaux sont fabriqués à l’étranger! »


Khouzistan[5]! Ce qui t’ont trait était ceux-là !

Ce n’était pas nos jeunes.
C’était eux .
Et ceux qui ne comprennent pas du tout l’air, le ciel, la poésie et l’étoile.
[…]
Khouzistan! Ceux qui t’ont trait n’étaient pas nos jeunes
C’était eux
Et ceux qui fabriquent les guerres, mais ne les combattent jamais
Des gens très très chics, avec de bonnes manières et des cravates,
Qui descendent les escaliers de l’avion avec un message de gratitude de leur président
Et quel sourire et quel serrage de mains! Et même qu’ils embrassent le visage de certaines femmes
Et s’adressant à des dizaines de caméras, aux yeux étonnés d’hommes en sueur

Et de femmes à moitié nues – car les guerres éclatent toujours dans les régions chaudes –

Ils parlent de paix.
Et dans la chaleur du Moyen-Orient, “Rio”, “El Salvador”,
“Suatu” et “Bangladesh” leurs nœuds de cravate font pression sur leur double menton
[…]
Pourquoi les visages souffrants sont-ils si authentiques?
“Jésus”, “Hussein”, “Da Vinci”, “Dostoïevski”, “La Mère”, “Gorki”,
Et une femme qui pousse pour que son enfant naisse,
– alors que tout montre qu’elle va mourir en accouchant –
Ces visages sont plus proches de la nature humaine.
Le canon d’un tank est enfoncé dans la boue
Derrière le sac de sable, un corps est accroupi
Comme son visage est authentique!
Ce n’est pas le paysan mexicain que « Rivera » a peint
C’est un visage de votre village.
L’humanité a-t-elle migré d’ici vers d’autres endroits ?


[…]
Ils ont détruit les villes
Mais personne ne peut détruire la terre

Abadan[6] a été bâtie par d’autres, ils l’ont détruite.
Khorramshahr a été bâtie, ils l’ont détruite.
Bâtissez par vous-même pour qu’ils ne détruisent pas !
Seul la terre est éternelle, seul l’homme est éternel
Seul la lutte entre la passion d’être et l’attraction de la mort est éternelle
Khouzistan!
Tu as illuminé les villes du monde!
Ils sont venus et t’ont détruit!
Ils t’ont terni!


Khouzistan!
Les jeunes lions du pays valent bien ton lait noir!
Quand une bombe tombe sur Khouzistan,

Les mémoriaux[7] dans les rues d’Iran s’enflamment.
Quand la bombe tombe, les aéroports d’Iran
Distribuent les cadavres criblés entre les cimetières des villes.
“Je germerai, je le sais, je le sais.”[8]
On plante certains cadavres en toi, Khouzistan !


Et certains sont exportés vers d’autres hôpitaux et cimetières d’Iran.
Les routes se bloquent
Les sirènes des ambulances se font entendre
Khouzistan!
Pour redécouvrir tes profondeurs, nous planterons dans ta terre un jeune à chaque empan.
Maintenant tu es notre terre
Maintenant tu es notre cimetière
Maintenant tu es notre mort
Et la guerre continue
Maintenant tu es notre jeune

Maintenant tu es notre jeunesse

Mais le son de la mort de tes jeunes n’arrive pas au nord de Téhéran
Aucune bombe ne tombe dans le nord de Téhéran,

Et même si elle tombe, ce sera seulement amusant
Le son de la mort n’atteint pas Saheb-Qaraniyeh, Farmaniyeh, Zafaraniyeh ou Darband[9]
Et les villas du nord sont épargnées
[…]
La mort est le sens de l’existence de nos générations
Une grande explosion qui a fleuri des profondeurs
Un souffle commun qui passe sur les visages de la jeunesse du monde
Et c’est la guerre qui continue
Derrière le front et sur le front, entre père et fils, mère et fille,
Nord et sud, général et soldat, terre et ciel
Un souffle commun passe sur les visages des jeunes Esmaïls
Et avant que le bélier n’arrive, Abraham a sorti son couteau
Et un poète qui ne connaît pas le sens de ce martyre est mort-né
Oh, Esmaïl, mon frère !
[…]
Écoute Esmaïl, mon frère !
J’espère des jours meilleurs
Je vois les deux côtés du sacrifice


Je dis :
Nous n’oublierons pas la chute rouge des Siavakhchs l’innocents
La chute rouge des Sohrabs innocents
La chute rouge des Esfandiars innocents[10]
Ainsi que la chute rouge des Esmaïls innocents, ne seront pas oubliées.
Nous entendrons les murmures de nos héros lors de leurs chutes
En même temps que les gémissements des mères dans les cimetières.
Nous entendrons les voix des anonymes en même temps que les voix des célébrités.
Quand nous entendrons les tirs solitaires à l’aube,[11]
En même temps que les prières et les Allah-Akbar[12],
Nos cœurs exploseront de chagrin
[…]
J’espère des jours meilleurs
C’est toi qui as trouvé la patrie, Esmaïl
La patrie est la terre qui t’entoure
Moi j’ai porté mes espoirs de ce côté à l’autre bout du monde
Et aussi jusqu’aux profondeurs de la terre

Chacun doit payer sa part
J’ai fait ainsi
[…]

Je voudrais chercher l’éternité
L’âme l’âme l’âme
Le temps le temps le temps
Le rêve le rêve le rêve
Je verse tous les célibataires du monde dans une coupe et je la bois entièrement
Pour que mon amour advienne.
Ô impossible, deviens possible !
Ô rêve récurrent, ô étincelle des chambres imbriquées
La légende de l’étoile verte
Étoile à mille branches
Réveille-toi! Pousse! Sors de mon être endormi, de mon âme et de l’âme du monde !
Mes épaules ont soif de tes baisers
Surprends-moi !
Rends-moi jeune !
Renverse-moi pour que je puisse naître de ta côte pleine de chansons!
Tue toute ma tristesse !
Fais-moi danser sur une dague joyeuse !
Ô danse de l’âme et de l’amant
Fais-moi rire
Je veux chanter pour l’avenir du monde et du langage
Ô bien-aimé!
Sois la mère des cités des pauvres comme moi!
Ne me laisse pas trahir la gorge des amants
Étends des pavés de mains courtisanes sous mes pieds
Sois le parfum solitaire de la solitude
Lorsque j’embrasse le baiser invisible
Je suis né pour danser
Assieds-moi sur la pointe de la dague de la poésie d’amour!
Fais-moi danser sur ce lustrage infini!
Ô Légende de l’étoile verte
Ô Honnête impossibilité
Sois possible!
Ô Passé, passe que je sonne le parfum du futur !
L’âme des âmes du monde, sois mon âme!
Ô pomme rouge sur le parfum de la soucoupe volante du parfum du commencement du lendemain de l’éternité
Ô beauté du foyer d’un pauvre comme moi
Ô vadrouille des lèvres de la magie

Ô maison de l’être et du non-être
Ô poitrine de la réjouissance du jardin d’éden et de la folie
Ô joie de l’ivoire pressante du parfum
Ô cruche d’évasion sur le toit des montagnes du printemps
L’avenir
Ô temps après la mort de la langue
Femme!
Enfante-moi encore
Et assieds-moi sur tes genoux !
Et apprends-moi

Que la mort est le passé.
Autre Esmaïl, encore et encore
Mets ta tête sur le rocher
N’aie pas peur !
Le bélier du nouvel âge est offert de nulle-part du soudain

L’âme des âmes du monde, sois mon âme!

L’âme des âmes du monde, sois mon âme!

L’âme des âmes du monde, sois mon âme!


[1]Esmaïl : (Ismaïl ou Ismaël) ; D’après le Coran, le prophète Abraham reçu l’ordre de sacrifier son fils Ismaïl à dieu, ce qu’il accepta. Juste avant son acte, un ange l’en empêcha et lui dit alors que dieu l’exemptait de cette brutalité et qu’il lui offrait un mouton à égorger à la place d’Esmaïl.

[2]Nima Youshij : Nima Youshij (1895_1958), poète iranien. Créateur de la poésie moderne d’Iran, connue sous le nom de la Poésie Nouvelle.

[3]Ahvaz : Capitale de la région de Khouzistan, est située au sud-ouest de l’Iran et à l’opposée de Sarakhs située au nord-est.

[4]Khounin-shahr : Littéralement la ville sanglante, le surnom de la ville Khorram-shahr située près de la frontière irakienne dans la région de Khouzistan, dévastée par l’armée irakienne pendant la guerre Iran-Iraq.

[5]Khouzistan : Région située dans le sud-ouest de l’Iran, très pauvre malgré ses richesses en pétrole, gaz naturel, eau et agriculture.

[6]Abadan : Ville industrielle de la région de Khouzistan, bombardée massivement pendant la guerre en raison d’importantes structures pétrolières.

[7]Mémorial : « Hejleh » en persan ; D’après une tradition iranienne, lorsqu’un jeun homme célibataire meurt, sa famille installe une structure décorative lumineuse devant sa maison, avec souvent la photo du défunt entourée de miroirs. Celle-ci montre que le jeune homme est mort avant même de pouvoir célébrer son mariage.

[8]– Une partie célèbre du poème « Une Autre Naissance », écrite par la poétesse iranienne, Forough Farrokhzad (1935-1967).

[9]– Quatre quartiers aisés, situés au nord de Téhéran.

[10]Siavash, Sohrab, Esfandiyar : trois personnages du « Shahnameh » (Le Livre des Rois), épopée historique écrite par  le poète persan, Ferdowsi (Xe siècle). Tous les trois symbolisant l’innocence et l’honneur, sont sacrifiés d’une manière injuste.

[11]– L’exécution des opposants politiques en Iran se fait souvent à l’aube, avant la prière du matin pour les musulmans.

[12]Allah-Akbar : (phrase en arabe qui veut dire « Dieu est le plus grand ») souvent prononcée  comme prière dans les situations d’angoisse ou de grandes émotions.


شعر بلند اسماعیل (گزیده)

رضا براهنی

قسم به چشم‌های سُرخ‌ات اسماعیل عزیزم،

که آفتاب، روزی، بهتر از آن روزی که تو مُردی خواهد تابید

ای آزادی خوان فقیر بر روی پله‌های مهربان!

ای اشک‌های تنهای سپرده به نسیم باد تیمارستان!

ای شاعرتر از شعرهای خود و شعرهای ما!

ای تباه شده در دانشگاه، در مدارس، در کافه‌ها، میخانه‌ها

و در محبت زن و فرزند و دوستان نمک‌نشناسی چون ما!

ای مثل باغی از درختان گردو در ذهن کودکان ساده‌ی شعر!

ای اسماعیل!

ای ایستاده در صف آزمایشگاه‌های شهر، با شیشه‌ای بلند در دست،

و جنگلی از تصاویر رنگین بر سر!

ای خوابگرد شرق و غرب!

ای خیانت شده!

ای بی حافظه شده پس از نوبت‌ها شوک برقی!

ای ناشتای عشق!

ای بهار فقید کلمات بر گلستان مخدوشی از دهانی افسرده،

ای اسماعیل بلند نشو از رختخوابت!

ای همسنِ شاه، معاصرِ اختناق، ای شهروند شکنجه!

ای گنجشک دربه‌در در خانه‌های اجاره‌ای!

ای پسر واقعیِ «ابراهیم» و «نیما» با هم

ای بی‌خانه، ای بی‌آسمان، ای بی‌سقف، ای بی‌زمین!

ای سایه‌نشینِ تنگ دستِ این عصرِ تنگ‌دل

ای شاعر نسلی تهی‌دست

گورت کجاست تا که به مدد عشق تو را از اعماق آن بیرون کشم؟

ای اسماعیل! ای برادر من، بلند نشو از رختخوابت!

یادت صبحانه‌ای است که در روز اول انقلاب خوردم

خاطره‌ی مرگت،

آب غسلی است که شهیدی سوراخ‌سوراخ‌ شده در انقلاب را دادم

بلند نشو از رختخوابت!

ای تبعید شده از شانه‌ی سوخته‌ی کویر به روسپی‌خانه تهران!

تهران، تو را، پیش از آن که بمیری به گوری گمنام بدل کرد

بلند نشو از رختخوابت،

اما به من بگو: گورت کجاست تا ابریشمی از کلمات بر آن بریزم!

مرده باد شاعری که راز سنگر و ستاره را نداند!

زنده باشی تو که این راز را می‌دانستی!

ای تنها مردی که جنونِ «اوفیلیا»ی «هملت» را داشتی!

ای غرقه در مرداب‌های ساکت، در برگ‌های پائیز، در شبه جزایر متروک

در بهمن‌های فروریخته، در دریاچه‌های نمک، در تپه‌های طاسیده

در آشیانه‌های پرنده، در آسمان‌های بی‌ستاره،

در خورشیدهای بی مدار، در مهتابی‌های مشرف به خالی،

در کوچه‌های تهی از قدم‌های عاشق!

به مدد عشق از گور بیرونت خواهم کشید!

مرده باد شاعری که راز نیزه و خون را نداند!

زنده باشی تو که راز سنگر و ستاره را هم می‌دانستی!

به مدد عشق از گور بیرونت خواهم کشید!

به مدد عشق از گور بیرونت خواهم کشید!

به مدد عشق از گور بیرونت خواهم کشید!

مرده باد شاعری که راز عشق و مرگ را نداند!

زنده باشی تو که راز نیزه و خون را هم می‌دانستی!

سرت چه پرچم خونینی بود که در خیابان‌ها می‌تاخت!

و بنفش آسمان، چه زیبا، چه بهت انگیز، قیقاج چشمهایت را می‌شست

همیشه من آسمان را جیغ خواهم کشید، بگذار متوسط‌ها هرچه می‌خواهند بگویند

اسماعیل! ای کسی که گذشته را این همه دوست داشتی، چرا به سوی آینده رفتی

و مرگ را چون خنجری تصادفی بر گلوگاه بادبادکی پذیرا شدی؟

من و تو اینک بر گوش ابوالهولی نشسته‌ایم و خدایان را تماشا می‌کنیم

و رنگ‌ها همه شادند!

تو نمرده‌ای، تو دیوانه‌تر شده‌ای، باورکن تو فقط دیوانه‌تر شده‌ای

و ما بر دوش ابوالهولی به تماشا نشسته‌ایم

و سازهای آسمان قطعه‌ی قلب‌های ما را می‌نوازند

تو دیوانه‌تر شدی!

ای دل سپرده بوده به درناها!

تو زیباتر از آنی که بر شانه‌هایت تنها ملیله‌دوزی موریانه‌ها بیفتد

پرواز کن! پرواز کن از قفس خاک!

تو زیباتر از آنی که بر شانه‌ی آسمان ننشینی و کهکشان‌ها را مثل تخمه نشکنی

به مدد عشق از گور بیرونت خواهم کشید

تو نمرده‌ای، فقط دیوانه‌تر شدی

و من و تو بر دوش ابوالهولی نشسته‌ایم

به گورستان‌ها و سنگرها و بیمارستان‌ها بگذر!

بیرون باغ نیست، زندگی نیست، مرگ هم در باغ نیست!

از اهواز تا سرخس پچپچه‌ی شهدا با نم‌نمِ باران و چه‌چه‌ی چلچله‌ها می‌آمیزد

اره‌های تیز در پای زخمی‌ها فرو می‌رود

و خمپاره‌ها خانه‌ها و خاک‌ها را با هم به بالا می‌پرانند

و آدم‌ها به پشت بام‌های دورتر پرتاب می‌شوند

و سایه‌ای از اعماق برمی‌خیزد

و مسلسل‌ها جهان را ناگهان مرس می‌زنند

جنگ است اسماعیل، جنگ است، و اسماعیل‌ها براستی ذبح می‌شوند

و ستاره‌ای در آسمان زمین ما نیست که نیفتاده باشد

جنگ است اسماعیل، جنگ!

بین همسایه و همسایه، پدر و پسر، مادر و دختر

و بیمارستان‌ها و تیمارستان‌ها به روی آینده بازند

و این را تو گفته بودی

جنگ است اسماعیل،

و هم‌نام‌های تو ذبح می‌شوند تا شهرهای دوردست جهان چراغان

باقی بماند

راه‌ها بسته‌اند

دهان سنگرها را با تل جسدها قفل کرده‌اند

زمین به آسمان پریده، اسماعیل!

خونین شهر نفتکشی است بمباران شده که در موزه‌ای به تماشایش گذاشته‌اند

نفتکش‌ها می‌غلتند و می‌روند و از بالاسر نهنگ‌های هراسان عمان

به سوی اقیانوس سوت می‌کشند

جهان صبحانه‌ی رنگینی است که به رغم میل تو، سرمایه‌ آن را با اشتها می‌بلعد

جنگ است اسماعیل، جنگ است!

با جنون همیشه جوان تو همرنگ است!

پس مرده باد شاعری که راز نیزه و خون را نداند

زنده باشی تو که راز سنگر و ستاره را هم می‌دانستی

گاهی برای شاعر شدن باید جای ازل را با ابد عوض کنی

گریه نکن! فریاد نکن! دهنش را ببندید، قوانین را به هم زده است!

گریه نکن اسماعیل، جنگ است!

نفت از کنار حجره‌ها بالا می‌رود

چه معجون عجیبی! چاه‌های نفت در کنار حجره‌هاست

و در حجره‌ها جوانان نشسته‌اند!

آه، چه نفتی! شیرظلمت است این نفت!

و نفتکش‌ها در سکوت پر می‌شوند

و جوانان در سکوت پیر می‌شوند

ما با صدای مشترک مسخ شده‌ای آواز می‌خوانیم

دوزخ در آواز ماست، نیاز به فردوس در آواز ماست

ولی نشانیِ فردوس را نمی‌دانیم، تنها نیازش را می‌دانیم

من نیاز به فردوس دیگری دارم

فردوس تو در گام‌های استالینی است که زمانی در خیابان «چرچیل» ظهور خواهد کرد

فردوس من فردوس تو نیست

من «استالین» و «چرچیل» را نابود شده می‌خواهم، اسماعیل!

دوای چپ فلج تو در جیب آن«رفقا» نیست

شاش‌بندِ تو تلمبه‌ای دیگر می‌خواهد اسماعیل، اسماعیل!

چشم‌بندت را از روی چشمت بردار، اسماعیل!

شعر تو مشتی است که در سینه‌ی تو گره شده است

ازل و ابد آنجاست

دوزخ و فردوس آنجاست

سینه را گشاده کن

آن مشت را به جهان هدیه کن، اسماعیل!

ای اسماعیل! ای چشم بند به چشم تا کنار مذبح رفته، ای سربریده!

عینکت را از روی چشم‌های قیقاجت بردار

عینک زده‌های دیگر می‌آیند

و زنان اشباحی هستند که فقط لب‌های کبود و چانه‌های تبخال زده‌شان را می‌بینی

از گیسوهای زیباشان خبری نیست

صورت‌های بی سرِ یک بُعدی دارند

و از شب و روز آفاق بی‌خبرند

دست بر شانه‌ی نفر جلویی گذاشته‌اند و از کنار چاه نفت بالا می‌آیند

و هیچ کس چیزی نمی‌گوید

و چیزی هم نیست که بگوید

و فقط از سنگرهای پدر و پسر، پدر و دختر، از سنگرهای همسایه و همسایه،

صدای تیر شنیده می‌شود

و بدن‌های راست در باران‌های خونین به زمین می‌خورند

و باران که بند می‌آید، ماهی خائن را می‌بینی که از پشت دکل‌های نفت بالا آمده است

چه مهتابی اسماعیل، چه مهتابی! با نورش نیمه جان‌ها را لو می‌دهد و

بعد، مسلسل‌ها، ستاره ها را مُرس می‌زنند

و موشک، خانه‌ها را مثل اسباب بازی به هوا می‌پراند

و آ نچه در بازگشت به سوی زمین برمی‌گردد به خرمن افشان می‌ماند

که سریع‌تر از یک خرمن پایین می‌آید

آفتاب که می‌زند، نخل‌ها در برابر دکل نفت

به کودکان دبستانی صف بسته در برابر ناظمی سخت گیر می‌مانند

جنگ است، اسماعیل، جنگ است،

و بعضی از جسدها را بی‌نام و نشان دفن می‌کنند

و بعضی‌ها را با نام و نشان

و موش و موریانه چه می‌دانند که مردگان شناسنامه‌ی تاریخی دارند یا نه

آفتاب بر گورستان و گلستان یکسان می‌تابد

و باران خادم و خائن نمی‌شناسد

اسماعیل!

برویم از بالای نخل‌ها موهای زن‌های اهواز را جمع کنیم

«چه ملّتی! آه، چه ملّتی! همه جا سرسبز است! ساختمان، شهر، مزرعه، کارخانه!

ملت ایران بی‌غیرت است! لوله هنگش هم ساخت خارجی است!»

خوزستان! دوشندگان تو اینان بودند!

جوانان ما نبودند

اینان بودند

و آنانی که اصلاً هوا و آسمان و شعر و ستاره را نمی‌فهمند

خوزستان! دوشندگان تو جوانان ما نبودند

اینان بودند

و آنانی که جنگ‌ها را می‌سازند، ولی هرگز آن ها را نمی‌جنگند

آدم‌های بسیار بسیار شیک، مبادی آداب و با کراوات

که از پله‌های هواپیما با پیام مودت از سوی رئیس جمهریشان پایین می‌آیند

و چه لبخندی و چه دست دادنی! و صورت بعضی از زن‌ها را هم می‌بوسند

و خطاب به ده‌ها دوربین، چشم‌های حیران مردهای گرمازده و زن‌های نیمه‌لخت

-آخر جنگ‌ها همیشه در مناطق گرمسیری درمی‌گیرند- از صلح صحبت می‌کنند

و دگمه‌ی کراواتشان در گرمای خاورمیانه، «ریو» ، «ال سالوادور»،

«سواتو» و «بنگلادش»

بر غبغبشان فشار می‌آورند

چرا چهره‌های رنج کشیده این همه اصالت دارند؟

«عیسی»، «حسین»، «داوینچی»، «داستایوسکی»، «مادر»، «گورکی»

و زنی که زور می‌دهد تا بچه‌اش به دنیا بیاید

و همه‌چیز نشان می‌دهد که سرِ زا خواهد رفت

این چهره‌ها به ذات انسان نزدیک‌ترند

لوله‌ی تانک، درگل فرونشسته

درپشت کیسه شنی، جسدی چمباتمه زده

چقدر صورتش اصالت دارد!

دهقان مکزیکی نیست که «ریورا» نقاشی کرده باشد

صورتی از ده شماست

آیا بشریت از این نقطه به جاهای دیگر رفته است؟

شهرها را ویران کرده‌اند

ولی هیچ کس خاک را ویران نمی‌تواند بکند

آبادان را دیگران ساختند، ویرانش کردند

خرمشهر را ساختند، ویرانش کردند

خود بسازید تا ویرانش نکنند!

فقط خاک ابدی است، فقط انسان ابدی

فقط مبارزه ی شورِ هستی با کششِ مرگ ابدی است

خوزستان!

شهرهای جهان را چراغان کردی!

آمدند، ویرانت کردند!

تیره و تارت کردند!

خوزستان!

شیر سیاه تو ارزانیِ شیران جوان خاک باد!

بمب که در خوزستان می‌افتد، حجله‌ها بر سر کوچه‌های ایران

شعله می‌کشند

بمب که می‌افتد، فرودگاه‌های ایران،

غربال جسدها را بین گورستان‌های شهرها قسمت می‌کنند

«سبز خواهم شد می‌دانم می‌دانم.»

بعضی از جسدها را در تو می‌کارند، خوزستان!

و بعضی‌ها را از تو به بیمارستان‌ها و گورستان‌های ایران صادر می‌کنند

راه‌ها بند می‌آید

آژیر آمبولانس‌ها به گوش می‌رسد

خوزستان!

برای کشف مجدد اعماق تو، در هر وجب خاکت یک جوان می‌کاریم

حالا تو زمین ما هستی

حالا تو گورستان ما هستی

حالا تو مرگ ما هستی

و جنگ ادامه دارد

حالا تو جوان ما هستی

حالا تو جوانی ما هستی

ولی صدای مرگ جوان تو به شمال تهران نمی‌رسد

بمب در شمال تهران نمی‌افتد، و اگر بیفتد فقط تماشا دارد

صدای مرگ به صاحبقرانیه، فرمانیه، زعفرانیه و در بند نمی‌رسد

و ویلاهای شمال مصون مانده‌اند

مرگ مضمون هستی نسل‌های ماست

انفجاری بزرگ که از اعماق شکفته است

نفَسی مشترک که بر چهره‌ی جوانان جهان می‌دمد

و جنگی است که ادامه دارد

در پشت جبهه و در جبهه، بین پدر و پسر، مادر و دختر،

شمال و جنوب، تیمسار و سرباز، و زمین وآسمان

نفَسی مشترک بر چهره‌ی اسماعیل‌های جوان می‌دمد

و پیش از آنکه قوچ برسد، ابراهیم تیغ را کشیده است

و شاعری که معنای این شهادت را نداند، مُرده به دنیا آمده است

آه، اسماعیل، برادر من!

بشنو اسماعیل، برادر من!

من امید به روزهای بهتری دارم

هر دو سوی ایثار را می‌بینم

می‌گویم:

سقوط سرخ سیاوشان معصوم فراموشمان نخواهد شد

سقوط سرخ سهراب‌های معصوم

سقوط سرخ اسفندیارهای معصوم

در کنار سقوط سرخ اسماعیل‌های معصوم فراموشمان نخواهد شد

پچپچه‌های یَل‌هامان را به هنگام افتادن

در کنار شیون‌های مادرها در گورستان‌ها خواهیم شنید

صداهای گمنامان را در کنار صداهای نامداران خواهیم شنید

وقتی که تک تیرها را در سپیده دمان

در کنار مناجات‌ها و تکبیرها خواهیم شنید

قلب‌هامان از غم منفجر خواهند شد

امید به روزهای بهتری دارم

وطن را تو یافتی اسماعیل

وطن خاکی است که تو را در بر گرفته است

من امیدهایم را از این سوی زمین به آن سویش بردم

و نیز به اعماق زمین

هرکسی باید سهم خود را بپردازد

من نیز چنین کردم

می‌خواهم ابدیت را جسته باشم

روح روح روح

زمان زمان زمان

رؤیا رؤیا رؤیا

همه‌ی مجردهای جهان را در پیاله‌ای می‌ریزم و پیاله را سر می‌کشم

تا معشوقم ممکن شود

ای ناممکن، ممکن شو!

ای رؤیای مکرر، ای بارقه‌ی اتاق‌های تو در تو

اسطوره‌ی ستاره‌ی سبز

ستاره‌ی هزار پر

بیدار شو! بروی ! برون آی از من خفته‌ی جان من و جان جهان!

شانه‌هایم عطش بوسه‌های تو را دارند

غافلگیرم کن!

جوانم کن!

زیر و رویم کن تا از پهلوی پُر ترانه‌ی تو زاده شوم!

همه‌ی غمم را بکش!

مرا بر روی خنجری شاد برقصان!

ای رقص جان و جانان

مرا بخندان

می‌خواهم برای آینده‌ی جهان و زبان آواز بخوانم

ای معشوق!

مادرِ شهرهای مسکینانی چون من باش!

مگذار من به حنجره‌ی عاشقان خیانت کنم

سنگفرشی از دست‌های تغزل را زیر پایم بگستران

عطر خلوت خلود باش

وقتی که من بوسه‌ی نامرئی را می‌بوسم

من زاده‌ام تا برقصم

مرا بر نوک خنجر غزل بنشان!

بر تارک آن صیقل بی‌پایان مرا برقصان!

ای اسطوره‌ی ستاره‌ی سبز

ای محال صادق

ممکن شو!

ای گذشته بگذر تا من عطر آینده را به صدا در آورم!

جان جانان جهان، جانم باش!

ای سیب سرخ بر عطر بشقاب پرنده‌ی عطر ازل درفردای ابد

ای زیبای مسکن مسکینی چون من

ای جولان لب‌های جادو

ای خانه‌ی بود و نبود

ای سینه‌ی عشرت باغ جنان

و جنون

ای سُرورِ عاج شتابناک عطر

ای کوزه‌ی گریز بر بام کوهستان بهار

آینده

ای زمانِ پس از رحلت زبان

زن!

مرا از نو بزای!

و روی زانویت مرا بنشان!

و گذشته بودن مرگ را

به من بیاموز

اسماعیل دیگر و دیگر و دیگر

سر بر روی سنگ بگذار

نترس!

قوچ عصر نو از ناکجای ناگاه عطا می‌شود

جان جانان جهان، جانم باش!

جان جانان جهان، جانم باش!

جان جانان جهان، جانم باش!

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